Trouloulou

Quand j’étais jeune, j’ai souvent entendu ma mère utiliser le mot Trouloulou pour qualifier une femme dont la tenue vestimentaire était jugée douteuse, excentrique ou négligée. Donc quand ma mère me disait :  »T’es habillée en vraie Trouloulou », je savais ce qu’elle voulait dire, mais qui était Trouloulou au juste? Je n’en savais à peu près rien. J’ai eu la réponse quand je l’ai aperçue pour la première fois sur la 5 ième avenue.

Trouloulou a vécu à Shawinigan-Sud. Peut-être en existe-t-il d’autres ailleurs au Québec, mais ça je ne pourrais le dire.

Elle se rendait parfois au village et ne manquait pas d’attirer l’attention des passants qui se retournaient discrètement sur son passage en chuchotant des propos moqueurs sur sa tenue vestimentaire. Faut dire qu’elle était audacieuse la Trouloulou. Elle portait des chapeaux qu’elle calait bien sur sa tête cachant ainsi son regard. Aussi elle avait adopté la superposition des robes et chandails ou chemisiers bien avant la génération actuelle et ne semblait pas se soucier vraiment de l’agencement des couleurs. Elle ajoutait une petite touche de coquetterie à ses vêtements en se parant d’accessoires tous plus excentriques les uns que les autres.

La première fois que je l’ai croisée, j’étais encore enfant. Sans que ma mère m’en informe, j’ai tout de suite reconnu cette femme à l’allure si singulière. J’ai été immédiatement conquise par Trouloulou : le chapeau d’une autre époque, les robes qui se superposaient, les écharpes de laine, de tissu et de fourrure négligemment déposées autour des épaules, tout cela ne suscitait pas railleries de ma part, mais plutôt réveillait en moi ce goût de la différence, de l’originalité, de l’excentricité. Trouloulou se distinguait des autres femmes par cette audace en ces temps où la marginalité inquiétait. Moi, ça me fascinait.

J’ai quitté ma ville natale et n’ai plus entendu parler d’elle. Puis, j’ai appris qu’elle était morte. Cette femme qui vivait recluse a été découverte plusieurs jours après sa mort dans sa maison en hiver. Certains disent même qu’il n’y avait pas de chauffage. Enfin peu de gens se souciaient d’elle, mais tous avaient une histoire à raconter sur ses gestes peu communs.

Lorsque je me suis mise à la recherche d’un nom pour identifier mes créations, c’est immédiatement à elle que j’ai pensé. Bien que son histoire soit à tout le moins pathétique, le souvenir de cette femme hors du commun m’accompagne lorsque je sélectionne mes matériaux, et bien que mon audace créatrice soit encore quelque peu timide, mon esprit est constamment occupé à imaginer des produits empreints d’originalité et de qualité qui, je l’espère, sauront vous séduire.

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When I was young, I often heard my mother use the word to describe Trouloulou as a woman whose dress was deemed doubtful, eccentric or neglected. So when my mother told me: « You’re dressed real Trouloulou » I knew what she meant, but who was Trouloulou exactly? I knew almost nothing. I had the answer when I saw her for the first time on 5th Avenue.
Trouloulou lived in Shawinigan-Sud. Perhaps there are others elsewhere in Quebec, but that I couldn’t tell.
Sometimes, she went to the village and do not miss attracting the attention of passersby who turned quietly in its path whispering and mocking on her dress. I must say she was bold this Trouloulou. She wore hats wedged it well on her head and hiding her eyes. Also, she adopted the overlay dresses and sweaters or blouses long before the present generation. She did not seem to really care about the color scheme. She added a touch of coquetry in her clothes adorning themselves with accessories all more eccentric one than each other.

The first time I crosed her, I was still a child. Without my mother tells me, I immediately recognized this woman look so strange. I was immediately conquered by Trouloulou: the another era hats, dresses that overlapped, woolen scarves, fabric and fur casually deposited around the shoulders, all this did not arouse mockery from me, but rather awakened my taste for the difference, originality, eccentricity. Trouloulou differed from other women by this audacity in these times when marginality worried. Me, it fascinated me.
I left my hometown and have not heard from her. Then I heard she was dead. The woman who lived recluse was discovered several days after her death in her house in winter. Some even say that there was no heating. Finally few people cared about her, but all had a story to tell about his unusual gestures.
When I started looking for a name to identify my creations it is immediately to her that I thought. Although this history is pathetic to say the least, the memory of this extraordinary woman is with me when I select my materials, and although my creative audacity is still somewhat shy, my mind is constantly busy to imagine products imprinted originality and quality which, I hope, will seduce you.

3 réflexions au sujet de « Trouloulou »

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